L’été est souvent synonyme de liberté. C’est le moment idéal pour sortir, voyager, explorer la nature, courir les festivals, se réunir autour d’un feu de camp et profiter des lacs, des parcs, des sentiers et des activités communautaires. Pourtant, pour de nombreuses personnes en situation d’incapacité, l’été est aussi une saison d’exclusion. Pendant que d’autres s’amusent à la plage, font du canot sur un lac, arpentent un sentier panoramique ou partent en camping pour la fin de semaine, beaucoup de personnes vivant avec une incapacité visible ou invisible doivent se poser une question d’apparence banale : « Puis-je y aller moi aussi? »
Trop souvent, la réponse est non.
L’incapacité est loin d’être un enjeu marginal qui ne touche qu’une poignée de gens. Selon l’Enquête canadienne sur l’incapacité de 2022 de Statistique Canada, plus d’un Canadien sur quatre (27 % de la population âgée de 15 ans et plus, soit environ huit millions de personnes) vit avec au moins une incapacité. Aux Territoires du Nord-Ouest, cette proportion atteint 25,7 %. Plus révélateur encore : près des trois quarts (72 %) des personnes en situation d’incapacité affirment se heurter à des obstacles à l’accessibilité, et plus de la moitié considèrent les entraves dans les espaces publics comme un frein quotidien. Ces chiffres devraient couper court à tout débat : l’accessibilité est une priorité mise en sourdine depuis trop longtemps.
Pourtant, on la traite encore trop souvent comme une amélioration facultative plutôt que comme un droit de la personne fondamental. Des salles de bain inaccessibles, des sentiers accidentés, des stationnements en gravier, des quais impraticables, le manque d’équipements adaptés ou l’absence d’information sur les aménagements envoient un message clair aux personnes vivant avec une incapacité : elles passent au second plan. C’est déplorable, car c’est le signe d’un manquement direct aux principes d’égalité et d’inclusion.
Les incapacités invisibles – douleurs chroniques, autisme, troubles du traitement sensoriel, déficience auditive, enjeux de santé mentale, lésions cérébrales acquises ou maladies chroniques – sont tout aussi réelles. Un festival sans toilettes adaptées, un sentier dépourvu d’aires de repos ou un événement mal indiqué et sans précisions sur les aménagements offerts suffisent à bloquer toute participation réelle. L’accessibilité ne peut pas être une simple pensée après coup, ajoutée selon les disponibilités budgétaires ou au gré des plaintes. Elle doit être intégrée dès la conception, qu’il s’agisse d’aménager un nouveau sentier, de moderniser un terrain de camping, d’organiser un concert en plein air ou de revitaliser une plage publique.
Des milliers de visiteurs viennent chez nous pour découvrir le Nord canadien. Ne pas offrir des expériences inclusives, c’est isoler toute une tranche de touristes potentiels et leurs proches. Lorsque les options accessibles manquent ou restent invisibles, ce sont nos familles, nos collectivités, nos commerces et toute notre économie qui en pâtissent. La réalité est simple : un aménagement accessible bénéficie à l’ensemble de la population. Penser l’accessibilité, c’est créer des espaces plus accueillants, plus sécuritaires et plus faciles à parcourir pour tout le monde, résidents comme visiteurs. Cette vision doit dépasser les immeubles de bureaux et les institutions publiques pour s’étendre aux lieux où les communautés se rassemblent, célèbrent et créent des liens tout au long de l’été.
La question n’est plus de savoir si les gouvernements, les municipalités, les gouvernements autochtones, les exploitants d’agences touristiques et les organisateurs d’événements sont conscients de ces obstacles. Ils le sont. La question est de savoir si nous sommes prêts à agir. La législation sur les droits de la personne impose l’obligation d’éliminer les barrières, et ce, pas seulement quand cela nous arrange, pas seulement si le budget le permet, et pas seulement lorsqu’une plainte est déposée. Chaque nouveau sentier, terrain de camping, plage, quai de pêche, parc, festival ou espace récréatif devrait être pensé, conçu et entretenu en y intégrant d’emblée l’accessibilité. Les décideurs doivent aborder l’accessibilité comme l’obligation légale et morale qu’elle est. L’adoption d’une loi sur l’accessibilité contribuerait grandement à en faire une réalité.
Pour remédier au manque d’accessibilité dans le territoire, la Commission a conçu deux documents de référence, disponibles gratuitement sur notre site Web. Le premier est la liste de vérification en matière d’accessibilité pour les événements publics. Le second, un document sur l’accessibilité et le Code du bâtiment, rappelle que le respect des normes minimales énoncées dans le Code national du bâtiment ne suffit pas nécessairement à garantir qu’un espace est accessible.
Profiter du territoire, se rassembler et vivre le grand air ne devrait plus être un privilège réservé aux personnes sans incapacités. Exigeons mieux. Les personnes en situation d’incapacité méritent mieux. Cet été, comme tous les suivants, c’est à la quantité d’obstacles éliminés que nous devrons juger les décideurs, et non aux promesses qu’ils font en matière d’inclusion.
