Le 30 septembre, on se souvient des enfants qui ont été arrachés à leur famille et à leur communauté afin d’être envoyés dans des pensionnats. C’est aussi l’occasion d’écouter les personnes survivantes et de réfléchir à la signification que devrait avoir la réconciliation pour les Ténois et les Ténoises aujourd’hui.
Onze ans après la publication du rapport final de la Commission de vérité et réconciliation, plusieurs questions s’imposent : les Autochtones des TNO ont-ils accès à une éducation de qualité et à des perspectives d’emploi stimulantes? Les politiques gouvernementales se conjuguent-elles efficacement pour éliminer les obstacles qui persistent?
Si la réconciliation porte ses fruits, les résultats doivent se traduire concrètement dans le quotidien de la population.
Les pensionnats ont causé des traumatismes profonds et durables. Des enfants ont été séparés de leur famille, de leur langue, de leur culture et de leur communauté. Beaucoup ont subi des sévices et de la négligence, tout en vivant dans des conditions précaires. Les séquelles ne sont pas disparues à la fermeture des établissements : ces traumatismes ont touché des générations de familles et continuent d’alimenter des difficultés dans les domaines de l’éducation, de la santé, du logement, du revenu et de l’emploi.
Tous ces enjeux sont indissociables les uns des autres.
L’éducation constitue l’une des avenues majeures vers l’emploi. Or, les élèves autochtones des TNO font souvent face à des obstacles particuliers. Ceux qui vivent dans les petites collectivités éloignées ont parfois un accès plus limité aux programmes d’études et de formation. Ceux qui doivent quitter leur collectivité pour fréquenter l’école secondaire, suivre une formation professionnelle ou poursuivre des études postsecondaires se voient généralement contraints de s’éloigner de leur famille, de leur culture et de leurs réseaux de soutien. Ce cloisonnement géographique complique davantage l’accès aux débouchés offerts dans les grands centres.
L’éducation ne représente toutefois qu’un volet du problème. Même lorsqu’une personne possède la formation, les compétences et l’expérience requises pour un poste, d’autres freins peuvent subsister.
À titre d’exemple, les TNO ont instauré des politiques visant à accroître l’emploi chez les Autochtones. Ces politiques s’avèrent essentielles parce qu’elles reconnaissent que les Autochtones ont été confrontés à des obstacles systémiques et historiques sur le marché du travail. Cela dit, une politique ne saurait à elle seule éliminer toutes les entraves.
Pensons notamment à une personne autochtone qui détient la formation et les compétences requises pour un emploi, mais qui a un casier judiciaire sans lien avec le poste convoité ou découlant de faits qui remontent à loin dans le temps. Une politique d’embauche peut accorder la priorité aux Autochtones, tandis qu’une autre directive ou pratique de sélection peut écarter d’emblée les personnes ayant un casier judiciaire. Dans une telle situation, les politiques finissent par se contredire.
La question n’est pas de savoir si les employeurs doivent fermer les yeux sur les casiers judiciaires. Certains emplois comportent des exigences légitimes en matière de sécurité et de confiance. L’enjeu est plutôt de savoir si les politiques d’embauche tiennent compte des réalités et du parcours de vie des personnes qu’elles sont censées soutenir.
Il ne s’agit là que d’un exemple montrant pourquoi les politiques gouvernementales doivent être examinées dans leur ensemble. Les obstacles systémiques sont transversaux et se manifestent souvent au croisement de plusieurs domaines et systèmes.
Pour permettre à davantage d’Autochtones d’intégrer le marché du travail, nous devons avoir une vision globale. Cela implique d’analyser l’ensemble des freins à l’emploi afin de concevoir des politiques aptes à démanteler les obstacles hérités de générations de racisme systémique. Concrètement, cela signifie se demander si les élèves ont accès à l’éducation et à la formation dont ils ont besoin, si les diplômés trouvent du travail, et si d’autres directives créent des entraves inutiles ou inégales au moment où ceux-ci sont prêts à intégrer le marché du travail.
Nous devrions nous poser les questions suivantes :
- Les élèves autochtones obtiennent-ils leur diplôme d’études secondaires à un taux qui leur ouvre véritablement les portes des études supérieures et du marché de l’emploi?
- Les personnes résidant dans des petites collectivités ont-elles accès à des possibilités d’études, de formation et de carrière semblables à celles offertes dans les grands centres?
- Quels obstacles continuent d’empêcher les Autochtones d’obtenir un emploi et de bâtir une carrière à long terme?
- Les politiques sur les casiers judiciaires, les pratiques de recrutement ou d’autres règles créent-elles des barrières pour des personnes qui possèdent par ailleurs toutes les qualifications requises?
Et surtout : si la réponse à l’une de ces questions est négative, quelles mesures pouvons-nous prendre pour corriger la situation?
La réconciliation ne se mesure pas au nombre de politiques, de programmes ou de déclarations adoptés par les employeurs. Elle se mesure plutôt aux retombées concrètes de ces démarches sur le quotidien des gens.
Cela ne signifie pas pour autant qu’il faille revoir les exigences professionnelles à la baisse ou ignorer des critères légitimes : cela veut plutôt dire qu’il faut analyser l’ensemble du système pour vérifier si les politiques et les pratiques produisent les effets escomptés ou si, au contraire, elles génèrent de nouvelles barrières.
Onze ans après la publication du rapport final de la Commission de vérité et réconciliation, le chantier de la réconciliation reste inachevé.
Le régime des pensionnats a infligé des blessures durables aux familles et aux communautés autochtones. La réconciliation exige bien plus que la simple reconnaissance de ce pan de l’histoire : elle demande des actes concrets pour éliminer les inégalités qui persistent encore aujourd’hui.
Lorsque la réconciliation portera pleinement ses fruits, les Autochtones des TNO pourront en constater et en ressentir les effets dans leurs écoles, leurs milieux de travail, leurs collectivités et leur quotidien. C’est à cette seule échelle que nous devrions mesurer nos résultats.
